Gel du barème IR 2026 : combien de Français changent de tranche ?

Gel du barème IR 2026 : combien de Français changent de tranche ?

Le gouvernement de François Bayrou a confirmé début 2026 le gel du barème de l'impôt sur le revenu pour la deuxième année consécutive. Une décision budgétaire lourde de conséquences pour des millions de contribuables français, qui risquent de basculer dans une tranche d'imposition supérieure sans avoir réellement vu leur pouvoir d'achat progresser.

Qu'est-ce que le gel du barème signifie concrètement ?

Chaque année, le barème de l'impôt sur le revenu est normalement indexé sur l'inflation pour éviter que la simple revalorisation des salaires ne fasse grimper mécaniquement l'impôt des ménages. En 2025, cette indexation avait été fixée à +1,8 % pour compenser partiellement la hausse des prix. En 2026, le gouvernement a décidé de ne procéder à aucune revalorisation des tranches, dans le cadre d'un plan d'économies budgétaires visant à réduire le déficit public sous la barre des 5 % du PIB.

Les tranches applicables aux revenus 2025 (déclarés au printemps 2026) restent donc identiques à celles de l'année précédente :

  • 0 % : jusqu'à 11 294 €
  • 11 % : de 11 294 € à 28 797 €
  • 30 % : de 28 797 € à 82 341 €
  • 41 % : de 82 341 € à 177 106 €
  • 45 % : au-delà de 177 106 €

Combien de Français sont concernés ?

Selon les estimations de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), le gel du barème pourrait faire basculer entre 380 000 et 420 000 foyers fiscaux dans une tranche d'imposition supérieure en 2026. Ces ménages n'ont pourtant connu qu'une revalorisation salariale moyenne de 2,3 % en 2025, conformément aux données de l'INSEE sur l'évolution du salaire moyen.

Les catégories les plus exposées sont :

  • Les salariés du secteur privé ayant bénéficié de la revalorisation du SMIC (+2,2 % en novembre 2024)
  • Les fonctionnaires dont le point d'indice a été revalorisé de 1,5 % début 2025
  • Les retraités dont les pensions ont été indexées à +0,9 % en janvier 2025

Pour un salarié gagnant 28 500 € nets imposables en 2024 et dont le salaire a progressé de 2 % en 2025 (soit 29 070 €), il franchit mécaniquement le seuil de la tranche à 30 %, alors que son gain réel de pouvoir d'achat est quasi nul compte tenu de l'inflation résiduelle.

Quel impact financier pour les ménages ?

L'Institut des politiques publiques (IPP) chiffre le surcoût moyen pour les foyers concernés à entre 150 € et 400 € d'impôt supplémentaire par an selon leur niveau de revenu. Sur l'ensemble des contribuables, le gel génère une recette fiscale supplémentaire estimée à 1,6 milliard d'euros pour l'État, selon les documents annexés au projet de loi de finances 2026.

Que faire face à cette hausse silencieuse ?

Plusieurs leviers légaux permettent de limiter l'impact d'un changement de tranche :

  • Versements sur un PER (Plan d'Épargne Retraite) : les sommes versées sont déductibles du revenu imposable, dans la limite du plafond annuel (10 % des revenus professionnels).
  • Dons aux associations : une réduction d'impôt de 66 % à 75 % selon les organismes bénéficiaires.
  • Investissement locatif via le déficit foncier : jusqu'à 10 700 € déductibles des revenus globaux par an.

Il est conseillé de consulter votre espace personnel sur impots.gouv.fr pour simuler votre nouveau taux de prélèvement à la source, qui sera automatiquement recalculé par l'administration fiscale sur la base de votre déclaration 2026.

Une mesure décriée par les syndicats

La CFDT et FO ont vivement critiqué cette décision, estimant qu'elle constitue une hausse d'impôt déguisée pesant principalement sur les classes moyennes. Le gouvernement, de son côté, assume ce choix comme une contribution nécessaire au redressement des finances publiques, rappelant que la France affiche un déficit de 5,5 % du PIB en 2025 selon les derniers chiffres d'Eurostat. Le débat autour de l'indexation du barème fiscal devrait s'inviter dans les discussions budgétaires de l'automne 2026.